Oct 27

Trail de Bourbon 2013

Auteur Catégorie Ile de la Réunion

Bonjour à toutes et tous, après tout  juste une semaine de repos (malgré la reprise du travail), me voici derrière le clavier pour raconter l’aventure du Trail de Bourbon 2013. Cette course est un peu moins longue que la fameuse Diagonale des Fous, Grand Raid de la Réunion qui traverse l’ile et qui est réputée comme l’une des plus dures du monde. Avant de parler des difficultés et de la fin, et bien commençons par le commencement 😉

Nous avons, avec Laetitia, décidé de dormir dans le Kangoo la veille de la course afin d’être « logistiquement » paré et pas loin du départ ! Le repas de nouilles était prêt avant notre départ pour Cilaos et il ne fallait plus que le réchauffer avec le réchaud (qui a déjà tant voyagé ;). Nous avons placé notre voiture proche du gîte qu’avaient réservé Nico et Stan. Ces deux gars sont les amis du bateau avec qui j’ai préparé (au moins psychologiquement à défaut de physiquement !) le trail car nous travaillons ensemble depuis le 25 août à l’ile Maurice pour réparer le bateau qui avait bien besoin d’une cure de jouvence en cale sèche ! Bruit et poussière à longueur de journée… A défaut de nous épurer les poumons, ça nous a endurcit les giboles à force de courir après les ouvriers pour suivre les travaux dans nos secteurs respectifs ! Mais on ne peut pas parler de gros dénivelés !

Le départ de la course doit être donné à 4h du matin ce samedi 19 octobre, avec début de contrôle des sacs à partir de 1h. Nous sommes sur place un peu après le début et nous soumettons au contrôle qui a lieu sur le stade de Cilaos. Avant d’ouvrir le sac, je demande si après, on peut faire quelques tours de piste en guise d’échauffement : « oui, oui, pas de problème ». Sauf qu’une fois tout OK au niveau du contrôle, on rentre dans la fosse à bestiaux (des barrières mise en place pour serrer tout le monde une fois qu’on sera 1200 là-dedans) et plus moyen d’en ressortir… (1ère loose 😉

Il est temps de partir, le stress monte car mine de rien, à part notre course de Semi-Trail de l’Ouest avec ses 30 km et 3000m de dénivelé, on n’a pas grande expérience de ce genre d’événement… On a envie d’arriver. Comme on se disait :  » On ne court pas avant la moitié de la course pour être sûr d’arriver, soit en gros Aurère. »

Le départ est donné à 4h, les coureurs se poussent, veulent gagner les premières places qu’ils ne reverront peut-être jamais… Bref, on trottine pour se mettre dans l’ambiance, les premiers kilomètres se font sur route le temps de rejoindre le chemin qui monte à la Caverne Dufour. Il fait nuit, on se suit à la queue leu-leu, en marchant si lentement que certains regardent leur montre pour savoir si on sera dans les temps pour le premier gros pointage là-haut. Le premier ravitaillement prévu uniquement avec « eau et coca » n’est pas en place : pas très très grave, je ne savais pas où il aurait été et avec le rythme qu’on a, on ne va pas attrapé de coup de chaleur !!

Un coureur sort son harmonica, joue l’air « un kilomètre à pied, ça use les souliers », d’autres applaudissent et sifflent pour encourager à continuer, cela dure quelques minutes. J’en ai des frissons, je ne m’imaginais pas une telle ambiance et bonne humeur sur ce genre de course.  Avec les 9 échelles, que les coureurs annonçaient et comptaient, le soleil se lève :

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Nous voici sur le rempart avant le gite du Piton. Il fait encore un peu frais mais le soleil levant et le sentier un peu plus large nous permet d’accélérer un peu la cadence et de nous réchauffer.
Avec les écarts énormes du départ, nous sommes pointés aux 676ème place, Nico 733ème et Stan 899ème. Ils s’étaient arrêtés plus souvent que moi dans les premiers kilomètres sur route pour des pauses-pipi sur le bord de la route.

Le gite de la Caverne Dufour est succinct. C’est le premier, je ne veux pas le rater. Je fais le plein d’eau, et une pom pote en repartant. Le carnet de route envoyé par l’organisation de la course à tous les coureurs donne des conseils nutritionnels. Puisque c’est ma première course si longue et difficile en terme de kilométrage et dénivelé, je vais tacher de suivre quelques informations. Toutes les heures, il faut manger assez pour combler 15 à 20 grammes de glucides. Avec des exemples : une pom pote, 2 tranches de  pain d’épice, 3 Figolu, une barre d’amande (type celles de Décathlon) et plein d’autres… Mais, je me suis basé sur ceux-là pour varier l’alimentation de course (celle que je porte) car aux ravitaillements, je pense bien profiter de soupes chaudes 🙂
En repartant du ravitaillement, une photo :

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La descente est de nouveau dans un train-train qui n’avance pas forcément très vite ! Pas de possibilité de dépasser pour trouver son rythme et lors du peu d’opportunités, certains coureurs (et même une coureuse qui m’a marqué avec son haut rose !) ne sont pas fair-play du tout. Ils changent de trajectoire dans le genre « tu-passera-pas-toi ! » Ils cèdent à certains moment mais ne se gène plus pour rattraper et faire comprendre en marchant sur le talon de la chaussure (oh-excusez-moi !) qu’ils veulent redépasser…

La traverser de la forêt de Belouve est sans encombre : pas une goutte de pluie ces derniers jours ! Le sentier est sec ! C’est un des tronçon de la course que j’appréhendais le plus. N’ayant pas fait de reconnaissance de le première moitié du trail (jusqu’en haut du sentier Scout tout de même ;), je ne savais pas à quoi m’en tenir mais la boue jusqu’au genoux sortait de toutes les bouches lorsqu’on évoquait Belouve et les alentours !

Le ravitaillement à Belouve est fluide, on fait rapidement un plein de bouteille d’eau, les bénévoles sont souriants et encouragent.

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Encore un ravitaillement rapide, je grapille des places avant de descendre rapidement sur Hell-Bourg. Nous sommes attendu par un ravitaillement mis en place par la Marine Nationale. On nous a prévenu que les personnes qui le tenaient avaient des tee-shirt jaune fluo. Bon repère car je ne me souviens plus comment est cette ville et son ravitaillement en dehors du préau sous lequel nous avions campé en 2010 !

Gwen me reconnait à l’arrivée au ravitaillement, je reconnais les gars qui sont là pour nous aidé, que du bonheur ! Elle me dit que son cousin est passé il y a une demi-heure et que Mickael est à une demi-heure (donc vers Belouve je pense). J’ai retrouvé Nico dans la descente et on fait l’arrêt ensemble.
Notre ravitaillement est rapide, nous prenons les pom potes du sac avec les Figolu pour recompléter le stock. Premier « gros arrêt », on en profite pour rebadigeonner les pieds de Pedi Relax, et hop, le tour est joué, on fonce !
Nous n’avions pas encore vu le pointage électronique, et quand on y va, c’est bon signe, on double plein de concurrents qui prennent leurs premières soupes ou qui se reposent plus longtemps que nous. La tente est bondé de coureurs ! Quand on quitte ce ravitaillement, on sait qu’on a gagné plein de places !

Sur le graphique de course, on s’attaque maintenant à la 2ème grosse difficulté de la course : la montée qui mène à la plaine des Merles. Je ne la connais pas, et avec du recul, heureusement 😉
Je pars en me disant que j’aime bien les montée, elle ne doit pas être si extraordinaire que cela car personne n’en parle (on compare le bloc qui monte à Grand Place les Hauts, la montée du Maïdo, celle de Dos d’Ane…) mais là, rien donc je suis confiant et attaque fort en comptant les concurrents dépassés. Un premier segment de montée assez raide et après, c’est que de la montée douce, mais longue, longue, longue !! Au top pour moi 😉
Cette montée est traversée à 3 reprises par une rivière. Il commence à faire chaud, midi 13h, donc à chaque fois, pour ne pas risquer déshydratation ou insolation ou autre, glouglouglou, je vide une bouteille pour la remplir avec l’eau de la rivière.
Les efforts ont bien payé, je suis en haut en pleine forme, j’ai dépassé 105 personnes ! Seulement 2 qui devaient être en train de faire un plein d’eau comme moi m’ont dépassé sur le chemin. Je n’imagine pas encore ma place au pointage mais les 500 mètres d’avant, les gens luttent pour arriver au ravitaillement ! Cette partie de la course a vraiment fait un « tri » entre les coureurs en forme et ceux qui ont quelques faiblesses.
Je pointe en 342ème place au ravitaillement de Sentier Scout !! J’ai gagné 270 places en 16 km de rando (car là, on ne parle pas tellement de course, tout le monde marchait ;).

Il est temps maintenant de bien s’arrêter, de ne pas se griller pour la suite. Il y a des bouillons de nouilles, j’en englouti 2 dans la tasse réutilisable 🙂 Ce sont mes premiers, j’y prendrai goût jusqu’au bout ! ça donne des force, toute la « puissance des nouilles » 😉 Quelques toasts pâté et jambon-beurre. Un peu d’étirements contre une poubelle et assis pour les fessiers. De nombreux coureurs sont adossés aux arbres, récupèrent, parlent… et ne repartent pas devant moi.

Le tour est joué, maintenant, on ne rigole plus, je connais la route 😉
La descente vers Aurère par le sentier Scout est agréable, on peut courir facilement. Sur le début de la descente, je vois une femme qui a le talon tout écorché avec un pansement qui a glissé. Je lui dis, elle s’arrête et elle et son copain me remercient. Elle se fera soigner à Aurère où une infirmerie fait partie du ravitaillement. Quelques centaines de mètres plus loin, son copain me rattrape. On papote :
Lui : aller, merci encore hein, il faut y aller maintenant !
Moi : ah oui, tu vises une place dans les 300 ? Tu as eu le temps de préparer cette course comme il faut ?
Lui : ah ben l’an dernier j’ai fini 17ème ! et tu sais pour la préparation, il faut aller tous les week-ends sur les sentiers, faire des courses de préparation… Mais mon objectif, cette année, c’est la Trans-Dimitille, dans les 3 premiers ! Là, je suis en sortie tranquille avec ma copine.
Moi : euh, d’accord, on n’a pas forcément le même niveau alors, je ne voudrais pas te ralentir 😉
Encore un bout de chemin ensemble, il allonge la foulée, on entre dans Aurère. Dans le sous-bois, le footing est encore agréable.

A Aurère, il y a les « meilleures soupes de l’ile » 😉 Le ravitaillement est complet, je me fais mettre un peu de pommade de froid sur l’extérieur du genou droit qui commence a tiré. Avant que la blessure ne soit trop importante, je fais des étirements et je verrai comment se passe la descente vers Deux Bras.

Avant d’atteindre la Rivière des Galets, je rattrape Gael, cousin de Gwen et Mickael qui vient de métropole pour la course. On papote et sans qu’il se retourne, je n’avais pas réalisé que c’était lui 😉 On parle préparation, reconnaissance, Marine Nationale… Un domaine qu’il connait par son cousin qui a quitté pour s’installer ici… Ahhhhhh mais c’est toi, Gael ! On continue le bout de chemin jusqu’au gros… énooorrrrmmmeee ravitaillement de Deux Bras.

On y arrive à 16h30, je suis impressionné par la taille et l’organisation de ce « check-point » clef de la course. Un endroit qui a vu passer tant de coureurs. En guise de restauration, je « commande » un plat de nouilles-jambon, une soupe et le plein d’eau. En ces moments de course, même avec le moral au top, et bien ce repas… hummmm… meilleur qu’un truc 5 étoiles je vous dis 😉

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Vient ensuite le moment de passer faire un check-up pour le genou. Il ne m’a pas fait trop mal dans la descente, très supportable. Je fais la queue pour voir un kiné. Mais paf, au passage de Anne à nos abords, un grand bonjour et pif-paf-pouf, la chef des podologues me prend en charge pour un bilan podo. J’ai de la chance, pas attendu du coup. Elle est surprise par l’état de mes pieds. Quelques jours auparavant, Laetitia lui avait rapidement conté ma préparation pour cette course, résumée au casi-néant… Par contre, à défaut de préparer physiquement la course, je l’avais préparée au niveau des pieds avec un tanage 3 semaines avant et tanage + Pedi Relax la dernière semaine. Pour tout avouer, moi aussi, j’étais surpris de ne pas avoir de problème !
Dès le début de la course, je me suis cogné l’intérieur du pied droit contre un caillou. Et là, ben en enlevant la chaussette, je vois un gros hématome. Mais pas du tout de douleur, sauf en appuyant fort dessus !
Moi : désolé de ne pas avoir les pieds propres, c’est pas top pour un rendez-vous chez le podo 😉
Anne : Ben d’ailleurs, je ne sais pas si on pourra continuer le soin 😉
Anne : Et là, quand j’appuie, ça fait mal ?
Moi : Humm, sur une échelle de 1 à 10, je pense être à 1 ou 2
Anne : pour ta douleur au genou droit, si Laetitia est en haut, elle s’occupera de toi car là il y a du monde !
Moi : ok, merci pour le conseil 😉 je compte monter en 1h17, avant le coucher du soleil donc je vais y aller !! MERCI POUR TOUT !
3 jours après la course, je n’avais même plus de marque de ce choc.
On change de chaussettes, elles me massent avec une autre bénévole (une sur chaque pied, je suis chanceux 😉 Mais une erreur, ce sont des chaussettes de running que j’avais mis en paire de secours dans le sac, et pas une de trail… Ceci explique sans doute la mésaventure « podologique » qu’il m’arrive en fin de course…

Je ne veux pas trop traîner, je les remercie, j’en ai presque les larmes aux yeux tellement ça fait chaud au coeur un sourire, un soin, des encouragements, tout au long de la course, je me suis sentis bien mais là en particulier !
Il y a encore plein de monde au ravitaillement, moralement, les arrêts ici font du bien mais il faut repartir pour ne pas être tenter par des gens fatigués de traîner…
Il est 17h quand je commence la montée de Dos d’Ane (montée en 2h10 annoncé par le panneau). Dans mon timing d’avant course, je ne savais pas dans quel état j’allais être, j’avais tablé sur 1h40. Comme j’ai déjà fait cette montée sur la fin d’une sortie trail en 1h17 avec le repère de l’échelle à 30minutes, et bien je vais voir ce que ça donne 😉 Je suis en super forme donc allons-y !!

Les horaires sont respectés : 30 minutes à l’échelle, je dépose quelques coureurs sur place et après un petit pipi sur les fameux palmiers qui annoncent la fin. 1h17 en haut, un monde fou qui applaudit et qui encourage. Gael m’avait dit à Deux Bras que Gwen et Mickael serraient en haut de Dos d’Ane. Je les cherche du regard (par dessus tout le monde), les gens croient que je cherche ma route, ils me crient presque dessus « c’est par là, à gauche ». Je les remercie avec le sourire, leur intention n’étaient que gentillesse 😉 Je ne les vois pas. Je continue en me doutant maintenant qu’ils doivent plutôt être au ravitaillement Chemin Ratineau pour y accueillir Gael.

Je fais la descente vers le Chemin Ratineau avec deux femmes qui vont retrouver leur mari bénévole. Elles se dépêchent, elles n’ont pas de lumière et le soleil se couche bientôt. Evidemment, on papote, elle avancent bien !! En vingt minutes, elles arrivent à leur destination, un peu avant moi, car j’avais pris le temps de sortir le lampe frontale, et de marcher vite en me reposant tout de même ! Le chemin est encore un peu long !

Elles me revoient passer devant elles « Aller Etienne » Le soleil est maintenant couché. Dans le sous-bois avant le ravitaillement, il y fait nuit noir ! La Petzl est puissante, il faut quand même descendre sur les racine, pas très facile, prudence est de rigueur !

Je ne savais pas qu’à ce moment-là Marie identifiait tous les coureurs : « Aller, aller, aller, pas papa, pas papa, pas papa… » Et quand je suis arrivé : « Aller Papa !! » Dans l’élan du footing, je continue à trottiner alors que Laetitia porte Marie dans le dos, Murielle est avec ses enfants, Gwen est avec Janelle et sa cousine (femme de Gael). J’aurai du marcher mais je mets ça sur l’euphorie des encouragements ! Tout le monde est content ! Après deux ou trois virages sur le chemin Ratineau, on passe le pointage, on continue encore un peu et on arrive au ravitaillement Marine Nationale. Laetitia avait déjà tout préparé sur un « lit de camp » : pom potes prêtes à prendre, des fraises, les Figolu… Pendant que je demande un bouillon à des bénévoles venus nous aider, je fais le plein d’eau, échange quelques mots avec le marin déjà vu à Hell-Bourg. Je mange des fraises (pour les balaises) et une crème dessert au format Pom pote à la vanille. Varier l’alimentation a fait du bien au moral 😉 Les enfants veulent des Figolu, il m’en reste, on rigole un peu.
Bouillon toujours pas prêt, j’en prendra un à la Possession. (Il sera prêt pour Nico qui arrive un peu après moi, j’ai au moins contribué à son alimentation sur ce coup-là 😉

Je repars sur les chapeaux de roue… J’en rate la descente « entre les 2 manguiers » qui commence le sentier Kalla !
Une dame : vous abandonnez ? car vous avez raté le chemin !
Moi : ben non, je pète la forme, je vais pas m’arrêté en si bon chemin !
On remonte donc le chemin ensemble, je recroise Laetitia qui avait plié bagage et qui me dit que c’est au niveau de la barrière ! Je l’avais vu cette foutue barrière mais j’attendais tellement un baliseur que j’étais passé comme ça devant… Et un coureur dans le fossé qui s’étirait m’a vu passé mais pensez-vous qu’il m’aurait interpellé, non…

Sentier Kalla, pas très agréable de jour, encore moins de nuit, je vous le dis tout de suite ! Une petite montée abrupte d’une vingtaine de minutes, puis une descente jusqu’à La Possession avec passage sur 2 échelles en rondins. Rien d’extraordinaire. C’est le seul passage (entre Chemin Ratineau et La Possession) où j’ai perdu des places au classement. Je suis néanmoins largement dans les 300 et sauf accident, ça devrait tenir jusqu’au bout ! Laetitia, pendant les mois d’avant-course m’avait dit qu’avec ma cadence de marche, ma foulée et ma taille, je devrai pouvoir finir dans les 300. Au début, je partais de Cilaos sans cette conviction mais ça mets quand même un chouilla la pression. Ensuite, j’en oubliai ce détail pour faire une course pour le plaisir 🙂 Et de classement en classement aux ravitaillements, et bien l’objectif resurgissait 🙂 A La Possession, je me disais que normalement, cet objectif secondaire serait lui aussi atteint 😉

A La Possession Ecole, Laetitia me dit que Karine est volontaire pour faire un bout de chemin ensemble ! Pas de soucis, on fait donc, après le ravitaillement, le chemin des anglais ensemble. Il peut être un bon terrain d’entraînement de jour, mais de nuit, j’en perds ms repères. J’avais fait ce tronçon en 2009 et 2010. Je croyais qu’on montait une fois, chemin pavé, puis descente Grande Chaloupe. Je ne me souvenais plus qu’il y a une succession de montée-descente en fait. Le genou droit me refait un peu mal sur chaque descente. Je ne cours plus mais marche vite. La dernière descente est un peu un supplice mais il faut tenir bon car je tiens le bon bout de l’arrivée 😉

Tellement dans ma bulle et à papoter avec Karine, je ne me suis pas rendu compte qu’on avait dépassé tant de monde, 48 au total ! Karine a été super sympa, avec moi pour le moral qui était déjà bon, mais pour les autres coureurs « courez plutôt à gauche, les pavés sont plus agréables, ou plutôt à droite… » et tous les deux de toute manière, on encourageait les autres coureurs, ceux du Grand Raid qui ne voyaient plus le bout de leur aventure, mais aussi ceux du Bourbon, qui montraient des signes de fatigue.

Au pointage de la Grande Chaloupe, je rentre dans les 200. A ma grande surprise, et à la joie de Karine qui voit que son footing a abouti à quelque chose 😉 Elle a vécu la course par procuration j’ai bien l’impression 🙂 Un plein d’eau, une soupe rapide alors que le terrain de ravitaillement s’apparente à une boite de nuit et c’est reparti ! J’ai un peu mal sous le pied, sans doute une ampoule, mais si j’enlève la chaussure, j’ai peur d’être découragé, donc ça attendra la fin…

Laetitia récupère Karine à La Grande Chaloupe. On s’arrête au niveau de la voiture. Laetitia me strape le genou droit. On fait un bout de chemin tous les trois. A l’entrée du chemin de la Grande Chaloupe, un dernier bisou avant l’arrivée et hop c’est parti pour la dernière ligne droite !

Au bout de deux virages, avec mes poils, le strap ne tient plus. La course, c’est pour connaître les limites de son corps et de son esprit, donc là, le mental prendra le dessus ! Le chemin pavé passe facilement. Vient le tour de la route bitumée, interminable pour certains Grand Raideurs avec qui je marche pour remonter le moral. On rigole avec d’autres.

A la bifurcation pour le chemin de la montée vers le Colorado, on voit le bout ! Mais c’est un calvaire au niveau du balisage et de l’état. Imaginez un sentier fait à la pelleteuse large de 20 centimètres. Il faut grimper sur les racines en s’accrochant à d’autres pour monter de mètre en mètre le dernier dénivelé de la course. On se retrouve pour former un groupe de 4-5 personnes, et on cherche les marques sur les arbres… On en rigole car c’est le mieux à faire !

On arrive au Colorado, je ne me souviens plus si on voit Saint-Denis en contre bas mais le ravitaillement passe vite, je n’ai plus qu’une bouteille à remplir. Je n’ai beaucoup touché à ma poche d’eau du sac, c’est le dernier recours. J’ai perdu une bouteille en relevant mon sac après avoir fait un besoin naturel et urgent dans un fossé. Quelques éléments à retenir : prendre du papier WC comme me l’avait conseillé Laetitia, ça c’est bon. Pour ne pas dégradé la nature, ben le faire là où elle est déjà dégradés (fossé avec des sacs poubelles !), ça c’est bon aussi… Tenir les bouteilles qui sont sur les côté du sac au moment de le remettre sur le dos, ben ça c’est pas fait 😉 et j’allais pas chercher ma bouteille, elle était finalement à sa place entre les sacs poubelles…

Après cette intermède, retour à la fin de course… Pas de bol, je me rends compte en cours de descente que mes piles de Petzl commence à être faiblardes… Crotte ! Je vais tacher de suivre un gars qui a de bonnes piles et une bonne lampe et un bon moral 😉 Ayé, c’est bon, je le trouve, on fait la route ensemble,ce sera mon « Monsieur-Phare », il finit son premier Grand Raid, je finirai mon premier trail de Bourbon, on papote, ça passe le temps. Mais pas de trop, on n’est pas très agile en descente (lui un peu plus quand même !) et donc il faut être prudent. Je passe de nombreux cailloux presque sur les fesses pour ne pas forcer sur le genou droit. Les lumières de Saint-Denis ne se rapproche jamais : on descend de 10 mètres, on remonte de 5, on fait un virage dans la pampa, on ne voit plus rien. La lune nous aide un peu car pleine comme cette nuit-là, la course est dans le bon créneau du calendrier lunaire 😉

A un moment, Monsieur-Phare prend un peu d’avance, je veux le rattraper, je mets le pied sur un gros caillou, ça remontait un peu, zip le pingouin sur la banquise, je me rattrape, m’écorche les mains, les tibias et je tape le dessus du pied gauche sur un autre caillou derrière… « ça va ? crie Monsieur-Phare au loin » « oui, oui, ça peut aller ». Et me voilà reparti, moral un peu plus bas que la montagne, l’arrivée se rapproche, la musique du stade est de plus en plus forte !

Je passe le pont après m’être fait dépasser par de jeunes coureurs. Un Grand Raideur m’avait prévenu que ça lui avait miné le moral l’année dernière quand il s’est fait dépassé par plein de jeunes sur cette dernière descente alors que ces jeunes-là n’avançaient pas sur le reste de la course, quitte à empêcher les autres de les dépasser… Bon, moi, ça va, ils ne sont que 2 😉 ils reprennent les places que je leur ai prises sur la montée jusqu’au Colorado et je reste dans les 200 donc je m’en moque 😉

A partir du pont, je trottine, des gens applaudissent, la lumière revient, on se perd un peu dans les derniers virages aux abords du stade. C’est la fin ! U2 chante, ça donne la chair de poule. A l’arrivée le speaker annonce l’arrivée, le temps et le prénom. Je demande le classement. Sacrée satisfaction ! Laetitia a longtemps attendu (1h15 de descente !) Elle a tout juste assez de batterie pour filmer l’arrivée 🙂 MERCI pour tout !

Finalement, j’arrive en 22h08min et 46sec. à la 190ème place au scratch (toutes catégories confondues) et 99ème Séniors Hommes.
Au moment d’enlever les chaussures, je me suis rendu compte que j’ai une ampoule énorme sous le pied gauche (4 cm de diamètre environ), toujours cette douleur au genou droit, un pied gauche un peu gonflé suite au choque de ma chute et pas d’autres bobos.

Un petit album photos-souvenir

Quelques chiffres / informations :
distance : 92,6 kilomètres
dénivelé positif : 5655m
concurrents au départ : 1350
concurrents à l’arrivée : un peu moins de 900
mon classement : 190ème au scratch / 99ème Séniors Homme
temps de parcours : 22h08min 46 sec.
temps de course du premier : 12h11 mais celui-ci n’avait pas son sac sur le dos toute la course. Pour moi, c’est de la triche car il ne respecte pas ce point important du règlement. Si déjà les premiers ont des facilités pour s’entraîner, qu’ils prouvent leur honnêteté et qu’ils fassent la course dans les mêmes conditions que les coureurs « lambda ». Du coup, ils ne m’inspirent pas le respect.
ravitaillements : tous les 7 à 12 kilomètres, très appréciable
montée de la Plaine des Merles : 105 concurrents dépassés
ampoule : une seule énorme sous le pied gauche
cadeaux : un tee-shirt au départ (que je n’ai pas quitté de la course), un tee-shirt finisher et une médaille
photos : environ 10 euros la photo prise par des photographes en cours de route.

Alimentation consommée :
Désolé pour les marques mais c’est comme ça 😉
Aucun gel n’a fait parti de mon alimentation avant, pendant et après la course.
Puisque le carnet de route le conseillait, je me suis basé sur 15 à 20 gr de glucide par heure, et du sel.
« Potion magique » pour le sel : deux pincées de sel (d’un petit sachet de sel de Guérande pris à la dernière minute de la maison), deux poignées de raisin sec, trois gorgées d’eau pour faire passer le gout du sel 😉
Autrement, toutes les heures, je variais entre 2-3 tranches de pain d’épice, 3 Figolu, 1 pom pote et les ravitaillements.
Je me suis rendu compte que je n’avais mangé aucune barre d’amande de Décathlon que j’adore ! Je suis arrivé avec beaucoup trop de nourriture encore dans le sac… Trop de poids, à éviter les prochaines fois maintenant que je connais mes besoins en course longues de ce genre 🙂

Un grand MERCI à :
– Laetitia, qui m’a inscrit et qui m’a soutenu tout le long, et même après 🙂
– Marie qui m’a soutenu par sa bonne humeur. Son sourire d’avant course quand un matin elle mangeait du chocolat, j’ai regardé cette photo pendant la course, je souriais 🙂
– La famille pour le soutien par texto et par mail, avant, pendant et après la course
– Nico et Stan pour leur moral avant, pendant et après la course, on se soutient et je crois que  maintenant à bord, nous sommes « déconnecté de la réalité ». Merci à Marie et Cathy leurs copines respectives qui les ont soutenu (moi aussi je crois 😉 et qui ont suivi nos courses 🙂
– Karine pour son soutien psychologique et sportif, Nico, malgré son abandon sur le Grand Raid, m’a transmis son énergie !
– Gwen, Mickael, Janelle, Gael et sa famille : encore de bons moments à partager ensemble, autour de cette course mais aussi des prochaines 🙂
– Murielle et les enfants pour le soutien psychologique et l’aide logistique au Chemin Ratineau
– Seb, Claire et Chloé pour avoir gardé Marie la veille du départ (je n’aurai pas dormi si bien dans le Kangoo avec Marie au milieu 😉
– Anne, la podologue qui a su bien prendre soin de mes petits petons à Deux Bras 🙂
– les Marins de la Base Navale qui ont été là pour nous soutenir et nous aider (les ravitaillements, la confection du tee-shirt souvenir, le trajet retour vers l’aéroport, l’ordre qui nous protégeait « en service » s’il nous arrivait quelque chose…)
– les bénévoles qui ont su animé les ravitaillements, balisé les sentiers avec une qualité que je n’imaginais pas ! Les serveurs de soupe, alors là, ils ont bien aidé 🙂 !!
– les gens sur les bords de la route qui encourageaient !

Quelques liens intéressants :

Site officiel du Grand Raid : Grand Raid Réunion
Site pour le suivi SMS des coureurs : http://coureurs-grandraid.sfr.re/

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